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Prévention du risque legionelle

  • La légionelle : un risque sanitaire invisible au cœur des réseaux d’eau

Invisible à l’œil nu mais potentiellement mortelle, la légionelle représente un enjeu majeur de santé publique dans les bâtiments recevant du public, les établissements de santé, les immeubles tertiaires et les installations industrielles. Chaque année, plusieurs milliers de cas de légionellose sont recensés en Europe, avec un taux de mortalité pouvant atteindre 10 à 15 % chez les personnes fragiles.

La maîtrise du risque légionelle repose sur une connaissance approfondie de cette bactérie, de ses conditions de développement et des mesures préventives permettant d’éviter sa prolifération dans les réseaux d’eau.

Qu’est-ce que la légionelle ?

Les légionelles sont des bactéries naturellement présentes dans les milieux aquatiques : rivières, lacs, nappes phréatiques et sols humides. Parmi les nombreuses espèces identifiées, Legionella pneumophila est responsable de la grande majorité des infections humaines.

Découverte en 1976 à la suite d’une épidémie survenue lors d’un congrès de l’American Legion à Philadelphie, la bactérie a donné son nom à la maladie qu’elle provoque : la légionellose.

Dans l’environnement naturel, les concentrations de légionelles restent généralement faibles. En revanche, certaines installations artificielles peuvent offrir des conditions particulièrement favorables à leur multiplication.

Les conditions favorisant la prolifération

La croissance des légionelles dépend principalement de plusieurs facteurs :

La température de l’eau

La plage de température idéale pour leur développement se situe entre 25 °C et 45 °C, avec un optimum autour de 37 °C.

  • En dessous de 20 °C, leur multiplication est fortement ralentie.
  • Au-dessus de 50 °C, leur croissance devient limitée.
  • À partir de 60 °C, elles sont progressivement détruites.

Cette caractéristique explique pourquoi les réseaux d’eau chaude sanitaire constituent des environnements particulièrement sensibles.

La stagnation de l’eau

Les zones peu utilisées ou les portions de réseau mal conçues favorisent le développement bactérien. Les « bras morts », les canalisations surdimensionnées ou les équipements rarement sollicités constituent des points critiques.

Le biofilm

Les légionelles se développent fréquemment au sein d’un biofilm, une couche de micro-organismes adhérant aux surfaces internes des canalisations. Ce biofilm agit comme une protection contre les désinfectants et favorise la survie de la bactérie.

La présence de tartre et de corrosion

Les dépôts calcaires, les produits de corrosion et les matières organiques constituent des supports favorables à la colonisation bactérienne.

Comment se transmet la légionellose ?

Contrairement à de nombreuses maladies infectieuses, la légionellose ne se transmet généralement pas d’une personne à une autre.

La contamination survient principalement par inhalation de fines gouttelettes d’eau contaminée, appelées aérosols. Ces particules peuvent être produites par :

  • les douches ;
  • les tours aéroréfrigérantes ;
  • les humidificateurs ;
  • certains équipements industriels ;
  • les spas et bains à remous ;
  • les fontaines décoratives.


  • Les installations les plus concernées

Le risque légionelle peut concerner de nombreux types de bâtiments et d’équipements :

Établissements de santé

Les hôpitaux, cliniques et établissements médico-sociaux figurent parmi les structures les plus surveillées en raison de la vulnérabilité de leurs occupants.

Hôtels et établissements touristiques

Les périodes d’inoccupation prolongée, les variations de fréquentation et la complexité des réseaux d’eau peuvent favoriser le développement bactérien.

Immeubles tertiaires et résidentiels

Les bâtiments modernes possèdent souvent des réseaux étendus nécessitant une surveillance rigoureuse des températures et des usages.

Installations industrielles

Les tours aéroréfrigérantes représentent historiquement l’une des principales sources d’épidémies collectives en raison de leur capacité à diffuser des aérosols sur plusieurs kilomètres.

La surveillance et le contrôle

La gestion du risque repose sur une approche préventive associant surveillance technique et analyses microbiologiques.

Contrôle des températures

Les recommandations visent généralement à maintenir :

  • une eau chaude sanitaire supérieure à 55 °C en distribution ;
  • une eau froide inférieure à 20 °C.

Entretien des installations

Les opérations courantes comprennent :

  • le nettoyage des réservoirs ;
  • le détartrage des équipements ;
  • la purge des points peu utilisés ;
  • le contrôle des dispositifs de traitement de l’eau.

Analyses microbiologiques

Des prélèvements réguliers permettent de quantifier la concentration en légionelles dans les réseaux et d’évaluer l’efficacité des mesures de prévention.

Les résultats sont exprimés en unités formant colonies par litre (UFC/L).

Les traitements préventifs et curatifs

Lorsque des concentrations élevées sont détectées, différentes actions correctives peuvent être mises en œuvre.

Choc thermique

Cette méthode consiste à porter temporairement l’eau à une température élevée afin de détruire les bactéries présentes dans le réseau.

Désinfection chimique

Plusieurs procédés sont utilisés :

  • chloration ;
  • dioxyde de chlore ;
  • monochloramine ;
  • peroxyde d’hydrogène associé à l’argent ;
  • ozone.


    Traitements continus

Dans certains établissements sensibles, des dispositifs de traitement permanent sont installés afin de maintenir un niveau de sécurité sanitaire élevé.

Les enjeux réglementaires

Face aux conséquences sanitaires potentielles, la réglementation impose aux exploitants d’installations à risque des obligations de surveillance et de maintenance.

Ces exigences concernent notamment :

  • l’évaluation du risque ;
  • la tenue d’un carnet sanitaire ;
  • la réalisation d’analyses périodiques ;
  • la mise en œuvre d’actions correctives en cas de dépassement des seuils réglementaires.

La prévention du risque légionelle s’inscrit désormais dans une démarche globale de gestion de la qualité de l’eau dans les bâtiments.

Conclusion

La légionelle demeure un danger sanitaire majeur en raison de sa capacité à proliférer discrètement dans les réseaux d’eau et à provoquer des infections pulmonaires graves. Si les connaissances scientifiques et les outils de surveillance ont considérablement progressé depuis la découverte de la bactérie, la prévention reste le moyen le plus efficace de protéger les usagers.

La maîtrise des températures, l’entretien régulier des installations, la surveillance microbiologique et une conception adaptée des réseaux constituent les piliers d’une gestion efficace du risque. Dans un contexte où la sécurité sanitaire des bâtiments est devenue une préoccupation centrale, la lutte contre la légionelle représente un enjeu incontournable pour les gestionnaires, les exploitants et les professionnels de la qualité de l’eau.